RDC : Le FMI poursuit ses décaissements

Le ministre rd-congolais des Finances, Nicolas Kazadi, veille au grain.

Les relations renouées entre Kinshasa et les institutions de Bretton Woods ont permis à la République démocratique du Congo (RDC) de s’appuyer sur les financements du FMI.

Fin décembre, le Fonds monétaire international (FMI) a conclu favorablement la troisième revue de la Facilité élargie de crédit (FEC), qui permet un décaissement de 203 millions de dollars, en faveur de la RDC. A ce jour, l’institution a décaissé quelque 812 millions de dollars au titre de cette FEC, pour répondre aux besoins de la balance des paiements du pays.

Pour rappel, l’accord au titre de la FEC d’un montant global d’environ 1,52 milliard de dollars sur une période de trois ans, a été approuvé par le FMI, le 15 juillet 2021. Cette enveloppe est destinée à aider le pays à répondre aux besoins de financement liés à la pandémie de COVID-19 et à renforcer les réserves internationales. Le FMI soutient aussi les réformes à moyen terme engagées par l’Etat congolais qui visent à favoriser la stabilité macroéconomique, intensifier la mobilisation des recettes intérieures, améliorer la gouvernance et à renforcer la politique monétaire.

A la suite de la troisième revue de la FEC, le FMI a reconnu que « malgré de multiples chocs l’activité économique s’est avérée résiliente, soutenue par une production minière plus élevée qu’anticipée. La croissance est prévue à 6,6 % en 2022, mais l’inflation devrait dépasser 12 % d’ici la fin de l’année 2022 ». L’inflation, liée à la hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires et des carburants, est exacerbée par la guerre en Ukraine et les goulots d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement. « Le compte courant a atteint un excédent au premier semestre de l’année (2022) grâce à de fortes exportations, et à fin octobre, les réserves internationales brutes ont atteint environ 2 mois d’importations, bien au-dessus de l’objectif fixé au début de l’accord FEC », note le FMI.

Bilan

Le solde budgétaire de 2022 est projeté à 1,1 % du PIB, conformément aux engagements. Cette bonne performance est plus liée à une augmentation des recettes qu’à une maîtrise des dépenses. En effet la hausse des dépenses – résultant de l’escalade du conflit à l’Est, mais aussi de l’augmentation des dépenses des ministères et des institutions publiques et du remboursement d’arriérés aux distributeurs de carburants – a été financée par une hausse inattendue des recettes fiscales, principalement due à des développements miniers favorables, selon le FMI. « Les progrès réalisés dans le cadre du programme restent satisfaisants », souligne le FMI. Ainsi, tous les objectifs ont été atteints, à l’exception de celui lié aux dépenses de santé, en raison de retards dans la passation des marchés et celui lié aux garanties de la banque centrale pour les prêts intérieurs en faveur du gouvernement central en raison de lacunes dans le contrôle.

Revenant dans une interview accordée à la radio Top Congo, Nicolas Kazadi, ministre des Finances sur la question budgétaire et notamment des recettes, il insiste sur les efforts entrepris par le gouvernement. « Il faut d’abord s’assurer que les impôts qui sont sensés être payés rentrent dans les caisses de l’État. Ce n’est jamais évident même quand la conjoncture est bonne. Nombre de cas dans le passé où la conjoncture n’était pas forcément beaucoup plus mauvaise mais où le système n’a pas réussi à capter l’impôt qui devait être payé », rappelle-t-il, faisant notamment référence aux superprofits miniers qui ont pu échapper aux impôts. « Nous allons vers un accord dans le secteur minier. Certains ont déjà payé, d’autres se sont engagés à le faire. Il faut être vigilant, avoir un dialogue et un suivi rapproché pour que l’argent rentre dans les caisses de l’État. Cela nous l’avons fait plutôt bien, et c’est pour cette raison que nous avons eu ces performances », poursuit-il.

Sur le train de vie de l’État, un des points sensibles soulevé par le FMI, Nicolas Kazadi répond qu’un effort a été fait dans le budget 2023, une révision du poste qui concerne l’honorariat : anciens chefs d’État, de corps … L’ancien président de la république, va toucher 75% de ce que touche le président en fonction, de l’ordre de 17 000 dollars. « Cela n’a plus rien à voir avec les 680 000 dollars mensuels alloués par l’ancienne loi, au chef d’État, en plus des avantages en nature. C’est pour le symbole, mais cela va aller plus loin. Il en est de même pour les chef de corps, institutions, Assemblée, Sénat, Premier ministre…. Cela va être réglementé. La loi budgétaire donne le ton, des éléments vont être complétés par des décrets et la liste des salaires sera publiée », précise-t-il. Si cette mesure est symbolique à ses yeux, l’effort principal va porter, en terme d’économie, sur la masse salariale, le personnel civil et militaire. « Chaque trimestre des augmentations que nous ne parvenions pas toujours à justifier », reconnaît-il. Au programme: maîtrise du nombre de fonctionnaires, grilles salariales et règles d’augmentation des salaires.

Perspectives

Pour 2023, les perspectives économiques restent bonnes. « Le déficit budgétaire devrait se réduire en 2023. Une mobilisation soutenue des recettes et une maîtrise des dépenses courantes dans les biens, services et subventions devraient laisser de l’espace pour les dépenses sociales, les investissements dans les infrastructures et le capital humain, et l’apurement des arriérés », observe Kenji Okamura, directeur général adjoint du FMI. Il préconise entre autres, d’économiser la surperformance des recettes, la suppression progressive des subventions aux carburants et la mise en place de transferts sociaux ciblés afin de protéger les personnes vulnérables et la poursuite de la refonte du cadre budgétaire mais aussi l’adoption de la nouvelle loi bancaire.

Le gouvernement congolais compte poursuivre les réformes des finances publiques en se focalisant sur la capacité de l’État à mobiliser des ressources, en s’appuyant encore plus largement sur la digitalisation des recettes. Parmi les nouvelles obligations, les grandes entreprises seront amenées à faire valider leurs factures émises via un QR code ce qui permettra une meilleur maîtrise de la TVA et une meilleure connaissance du chiffre d’affaires réduisant ainsi le champ de la fraude. A l’État aussi de ne pas oublier de régler ses factures auprès des entreprises. Le ministre des Finances prépare une grande réforme de l’impôt à partir de 2024. La pression fiscale portera sur le revenu des sociétés et des personnes physiques, avec pour les sociétés, une simplification et une baisse du taux d’imposition de 30 à 25% et pour les personnes physiques, une obligation de déclarer leur revenu et leur patrimoine, avec un impôt annualisé.

« Des efforts soutenus pour améliorer la gouvernance, y compris dans le secteur minier, renforcer les cadres de lutte contre la corruption et améliorer l’environnement des affaires soutiendraient le développement et la compétitivité du secteur privé. S’engager dans des réformes spécifiques liées aux défis climatiques est également important pour catalyser des financements pour des investissements verts », conclut M. Okamura.

Financements verts

« Tout se passe bien jusqu’à maintenant et tous les six mois nous avons un décaissement d’environ 200 millions de dollars », constate Nicolas Kazadi. Portée par les bonnes performances enregistrées, il explique que la RDC est en train de discuter avec le FMI. « J’espère que nous arriverons à un accord d’ici avril, pour que nous puissions accéder au Fonds pour la résilience et la durabilité qui peut nous amener à des ressources encore plus importantes, mais cela est lié à la politique environnementale. Il faut que notre politique environnementale soit en phase avec les attentes du FMI.»

Anne Lauris