« L’Office national de l’emploi est en voie de modernisation », a lancé, le 8 décembre dernier, Félix Tshisekedi lors de son discours sur l’état de la nation prononcé devant le Parlement réuni en congrès. Le numéro un rd-congolais a fait de l’emploi une des priorités de son deuxième mandat. Nommé, en juillet 2023, directeur général de l’ONEM, interlocuteur unique pour les demandeurs d’emploi en RDC, Me Fanon Beya Ngombe a entrepris de le rendre plus efficace, mieux outillé, mais aussi incontournable aux yeux du patronat local et des employeurs.
Quel bilan dresseriez-vous des activités de l’ONEM en 2025 ? Avez-vous atteint tous vos objectifs ?
Me Fanon Beya Ngombe : Le bilan des activités de l’Office national de l’emploi (ONEM) pour l’année 2025 est globalement très satisfaisant. À titre illustratif, plus de 20 000 nouveaux demandeurs d’emploi ont été enregistrés lors des seuls Job Days de Kinshasa, du 22 au 25 juillet dernier, renforçant de manière significative notre base de données nationale. C’est dire le rôle d’acteur clé que joue l’ONEM sur le marché de l’emploi en RDC. Au troisième trimestre de 2025, plus de 9 000 contrats de travail émanant de nationaux (6 864 nationaux) et d’expatriés (2 209) ont été visés, contribuant à la formalisation du marché de l’emploi, et plus de mille demandeurs d’emploi placés auprès d’entreprises partenaires. Pendant l’année écoulée, 3 391 offres d’emploi ont été publiées sur l’ensemble des canaux, dont 400 sur la plateforme numérique. Nous avons également reçu près de 3 500 demandeurs d’emploi en entretien exploratoire, et plus d’un millier a bénéficié du coaching mental. Par ailleurs, quelques 220 demandeurs d’emploi ont été formés aux techniques de recherche d’emploi dans la province du Lualaba, avec l’appui d’Enabel (Agence belge de coopération internationale, ndlr).
Toujours dans le souci de mieux répondre au marché de l’emploi, l’organisme a réalisé des avancées majeures en matière de modernisation digitale avec, notamment, la finalisation de modules complémentaires de la plateforme ONEM, la mise en place d’une Control Room pour le pilotage stratégique et le développement d’une application mobile. Par ailleurs, le parc informatique de l’office a été renforcé grâce à l’acquisition de 79 ordinateurs portables et 68 tablettes, avec l’appui d’Enabel. Si des progrès notables ont été réalisés dans l’exécution de nos missions régaliennes, certains défis demeurent, notamment en matière de maîtrise des outils numériques par l’ensemble de nos agents sur le territoire national.
Quels sont les obstacles au déploiement de votre plan d’actions ?
Le principal obstacle reste l’hétérogénéité des compétences numériques au sein de nos directions provinciales. Malgré les efforts consentis en matière de formation et de modernisation des équipements, l’uniformisation des capacités demeure un défi. À cela s’ajoutent les difficultés de connectivité Internet dans certaines provinces, ainsi que le processus, encore en cours, de renforcement des infrastructures techniques (serveurs, équipements réseau), qui limite temporairement certaines fonctionnalités.
Quels sont les actions et projets prévus en 2026 ?
Pour l’année 2026, plusieurs actions structurantes sont prévues, notamment le déploiement uniforme des méthodes FOREM dans toutes les directions provinciales, à la suite de la formation des formateurs en novembre 2025, le lancement officiel de l’application mobile de l’ONEM, afin d’élargir l’accès aux services et de concrétiser notre politique de proximité, l’achèvement de la modernisation de l’infrastructure informatique avec l’installation des équipements serveurs et réseau restants. Nous allons également poursuivre l’extension progressive des formations en techniques de recherche d’emploi à l’ensemble des provinces, ainsi que le renforcement du partenariat avec Enabel, afin d’amplifier l’impact de nos programmes, et procéder à l’approfondissement de notre stratégie de sensibilisation et de vulgarisation à travers des campagnes plus ciblées.
Comment se fait la modernisation en cours de l’ONEM ? Quelles sont les actions déjà entreprises ? D’où proviennent les ressources ?
La modernisation de l’ONEM repose sur divers axes complémentaires et plusieurs actions ont déjà été entreprises. On peut citer notamment la finalisation des modules complémentaires de la plateforme ONEM (décembre 2025), la mise en place d’une Control Room pour le suivi en temps réel des données statistiques du marché de l’emploi, le développement d’une application mobile, avec une livraison prévue au 31 décembre 2025, la modernisation du parc informatique avec 79 laptops (ordinateurs portables, Ndlr) et 68 tablettes, et l’amélioration progressive de la connectivité Internet.
Quant à l’origine de nos ressources, celles mobilisées proviennent principalement de la contribution patronale, avec des appuis techniques et financiers de partenaires, notamment Enabel, pour l’opérationnalisation des services techniques.
De quels moyens financiers et humains dispose l’ONEM pour fonctionner ? Quel est son budget annuel ?
Le budget de l’ONEM pour l’année écoulée s’élevait à 93 milliards de francs congolais, avec une perspective d’augmentation significative en 2026. Pour renforcer nos ressources, plusieurs leviers sont actionnés tels que l’optimisation de ses recettes issues de la perception de la contribution patronale que paient les entreprises, le développement de partenariats stratégiques, la recherche de financements dédiés aux projets de modernisation digitale, l’obtention effective de l’intervention de l’État votée annuellement dans la loi des finances, ou encore le renforcement de capacité des agents des services de recouvrement afin de maximiser les ressources propres en atteignant la base d’assujettis à 30 000.
Comment travaillez-vous avec la FEC, le patronat local ? Comment collectez-vous les offres d’emploi ?
La collecte des offres d’emploi s’appuie sur un réseau solide de partenariats avec les entreprises et les organisations professionnelles, notamment la FEC. Notre participation active à des événements tels que le Village des opportunités favorise un contact direct avec le tissu économique local et permet de recueillir des offres adaptées aux profils des demandeurs d’emploi.
Les actions de recouvrement s’inscrivent pleinement dans notre dynamique de modernisation. L’augmentation du portefeuille d’entreprises affiliées, passé de 3 000 à 7 000, constitue une source importante de recettes. La digitalisation et l’automatisation des processus sont en cours afin d’en améliorer l’efficacité et la transparence.
Avez-vous des synergies avec les sociétés privées de placement ?
Dans sa position d’autorité de régulation des services privés de placement, l’ONEM privilégie une approche de collaboration avec l’ensemble des acteurs du secteur de l’emploi. Tout en renforçant ses propres capacités de placement, l’institution demeure ouverte à des échanges stratégiques visant l’intérêt général des demandeurs d’emploi.
Que faites-vous pour sensibiliser la population à l’existence de l’ONEM ?
L’ONEM mène une stratégie soutenue de sensibilisation matérialisée par son site Internet, qui a enregistré plus de 60 000 visites entre août et novembre 2025, l’organisation de Job Days dans les provinces pilotes (Haut-Katanga, Lualaba et Kinshasa), une participation active des jeunes à la table ronde nationale sur l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes présidée par le chef de l’Etat, une présence sur terrain à travers le Village des opportunités, le lancement de la campagne de validation des acquis de l’expérience visant à valoriser les compétences informelles prônée par le ministère de la Formation professionnelle, ainsi que le renforcement de la communication digitale.
Travaillez-vous avec les universités et les écoles supérieures sur l’adéquation entre les formations et les besoins des entreprises ?
De par sa mission d’accueil, d’enregistrement, d’orientation et d’accompagnement des demandeurs d’emploi et son rôle d’analyse du marché du travail, l’ONEM se positionne comme un partenaire naturel des institutions d’enseignement supérieur. Nous envisageons d’étendre et de renforcer ces collaborations, y compris à l’international et à travers les ambassades, afin d’aligner davantage les formations sur les besoins réels du marché de l’emploi.
Comment définit-on un demandeur d’emploi à l’ONEM ? De quel accompagnement bénéficie-t-il à l’ONEM ?
À l’ONEM, le demandeur d’emploi est toute personne enregistrée dans la base de données nationale et engagée dans une recherche active d’un emploi. L’accompagnement proposé comprend l’enregistrement et le profilage à travers des entretiens exploratoires, le coaching mental et l’appui aux techniques de recherche d’emploi, ainsi que la formation à la recherche active d’emploi, notamment avec l’appui d’Enabel. Nous proposons également à certains demandeurs d’emploi un placement personnalisé, incluant la présélection et l’orientation vers les entreprises. Ils peuvent toutefois accéder aux offres via la plateforme numérique et les canaux traditionnels. L’ONEM oriente d’autres demandeurs vers l’auto-emploi et vers des institutions partenaires.
Propos recueillis par Jean-Mathis Foko



