Ravagée par des décennies de conflits, avec leurs lots de morts et de déplacés, la RDC est aussi le pays qui enregistre le plus grand nombre de violences sexuelles liées aux conflits, notamment dans l’est du territoire où sévissent plusieurs groupes armés. Selon un rapport des Nations unies de 2025, une femme est violée toutes les quatre minutes en RDC. Face à ce chiffre macabre, Samuel Mbemba Kabuya, lors de l’événement à Genève (Suisse) qui a réuni des représentants d’États, d’organisations internationales et de la société civile autour de la prévention des violences sexuelles en période de conflit, mais aussi de la prise en charge des survivantes et des enfants nés de ces violences, a invité les États qui ne font pas encore partie de la PSVI. « Notre ambition est d’appeler les États qui ne sont pas encore membres de l’Alliance à la rejoindre, afin d’élargir la coopération internationale dans la prévention et la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits », a-t-il déclaré, invitant également les partenaires multilatéraux à accompagner les projets structurants et évaluables de la PSVI.
Pour renforcer davantage le rôle de l’Alliance, la RDC propose la création d’un secrétariat global permanent pour assurer la continuité de l’Alliance, le suivi des engagements et leur coordination. « Une Alliance sans mémoire institutionnelle, sans suivi des engagements, sans coordination, est une Alliance qui s’essouffle », a plaidé Samuel Mbemba.
Enfants nés de violences sexuelles au centre des préoccupations
La RDC, qui co-préside l’Alliance avec l’Ukraine — autre pays en guerre —, entend également placer la question des enfants nés de violences sexuelles liées aux conflits au cœur de l’action internationale et au centre des préoccupations. Selon Samuel Mbemba, ces enfants sont confrontés à plusieurs formes de discrimination, notamment la stigmatisation, le rejet, l’exclusion et, dans certains cas, l’apatridie. « Sans acte de naissance, sans nationalité, sans accès à l’école et aux soins, ils sont condamnés une seconde fois », a-t-il dénoncé. Le ministre a ainsi plaidé pour une meilleure protection de ces enfants, estimant qu’ils doivent être considérés comme des titulaires de droits et des victimes nécessitant protection, identité, justice et dignité. Cette orientation bénéficie, selon lui, du soutien du président congolais, Félix-Antoine Tshisekedi, et de la Première dame, Denise Nyakeru désignée par l’ONU, en 2019, « Championne globale de la prévention des violences sexuelles ». Selon un rapport de l’Unicef, plus de 35 000 cas de viols et d’agressions contre les enfants ont été enregistrés sur l’ensemble du territoire en 2025.
Prise en charge « holistique » et lutte contre l’impunité
La représentante adjointe du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) en RDC, Naomie Dalmonte, a, pour sa part, présenté la situation sur le terrain. Elle a indiqué que l’accès aux services destinés aux survivantes de violences sexuelles avait diminué de 13 % entre février et juillet 2026 dans les zones de conflit de l’est de la RDC. Cette baisse serait notamment liée à l’évolution des lignes de front et aux restrictions de mobilité. Face à cette situation, le FNUAP privilégie une approche « holistique », associant soins médicaux, soutien psychosocial, assistance juridique et accompagnement socio-économique, ainsi que des actions de prévention et de réparation.
Rappelons que, dans le cadre de la lutte contre l’impunité des violences sexuelles liées aux conflits, la RDC et la France ont signé, le 2 octobre, une déclaration d’intention de 1,3 millions d’euros. Dénommé « Soutien à l’État de droit en faveur des victimes de violences sexuelles dans les zones de conflit » et signé par le ministre congolais de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, et son homologue français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, ce projet vise notamment à faciliter l’accès gratuit des victimes aux mécanismes judiciaires et à renforcer les dispositifs destinés à leur assurer réparation. « La justice ne doit pas être un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens. Elle est un droit qui doit être effectivement garanti à toutes et à tous », a déclaré le ministre de la Justice lors de la signature, en présence de responsables du Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV). Le chef de la diplomatie française a de son côté souligné qu’« il n’y a pas de paix sans justice ».
Créée en 2012 à l’initiative du Royaume-Uni, sous l’impulsion de Lord William Hague et d’Angelina Jolie, alors envoyée spéciale du HCR, la PSVI vise à prévenir, documenter et sanctionner les violences sexuelles commises en période de conflit.
B.D. (avec la rédaction)



