Mines : Comment Louis Watum Kabamba trace son sillon…

Louis Watum Kabamba, ministre rd-congolais des Mines.

Le mois d’avril s’achève. Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, ne ménage pas ses efforts en vue de transformer le secteur minier et de rétablir l’Etat congolais dans ses droits. Pour ce faire, il multiplie les visites et les descentes sur terrain. Que peut-on alors retenir de ses activités ?

A la mi-avril, les agents du Service géologique national du Congo (SGN) n’en croient pas leurs yeux, lorsqu’ils voient arriver dans leurs locaux Louis Watum Kabamba. Et pour cause, le dernier passage de leur ministre de tutelle remontait à Mathusalem. C’était donc une visite à forte portée symbolique et de surcroît historique. Jusque-là les agents s’étaient habitués au manque de présence effective de l’autorité de tutelle sur place. 

L’actuel ministre des Mines entend donc reprendre en main son secteur. D’où la multiplication des descentes sur terrain en vue de visiter les services placés sous sa tutelle. Cette opération de reprise en main de son secteur marque, selon ses conseillers, un retour remarqué de l’autorité politique dans des structures longtemps éloignées de l’encadrement direct. Sa vision est claire. Face aux cadres et techniciens du SGN, « le ministre a [alors] insisté sur la nécessité de repositionner l’expertise nationale au cœur de la stratégie minière ». Les géologues présents ont bu du petit lait, d’autant que leur hôte de marque a ensuite embrayé sur l’ambition du gouvernement qui compte s’appuyer sur eux afin « d’intensifier l’exploration du sol et du sous-sol, avec en ligne de mire la découverte de nouveaux gisements ».

Le même jour, le ministre des Mines a fait d’une pierre deux coups en se rendant aussi au Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC). Là encore, Louis Watum Kabamba a engagé des échanges directs avec la direction générale. Il a également écouté les salariés tout en affichant sa volonté de renforcer la coordination interne.

Que veut le ministre à travers ces visites ?  À en croire ses services, une orientation se dessine : remettre de l’ordre et de l’efficacité dans la gouvernance du secteur minier. Pour eux, l’action de leur patron épouse en fait la vision du chef de l’État congolais, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, sous la coordination de la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka.Transparence, traçabilité, encadrement de l’exploitation artisanale, transformation locale des ressources, telles sont les priorités connues du secteur extractif. 

« Mais au-delà des orientations stratégiques, le ministre entend [surtout] imprimer une nouvelle culture administrative », affirme-t-on au sein de son cabinet. Avant de poursuivre : “Climat de travail sain, respect mutuel, dialogue permanent et obligation de résultats constituent désormais les piliers de son action.” “À cela s’ajoutent des valeurs revendiquées : patriotisme, intégrité, pragmatisme et méritocratie.” En clair, Louis Watum a entrepris de “rapprocher l’administration centrale de ses services techniques et repositionner le secteur minier comme un véritable levier de développement économique durable en République démocratique du Congo”. Vaste programme !

C’est avec la même détermination que le patron des Mines a ensuite entamé lundi 20 avril une vaste mission d’itinérance dans les provinces de l’Ituri, du Bas-Uele et du Maniema. Là encore, Louis Watum a voulu palper du doigt les réalités locales afin notamment « d’évaluer en profondeur la performance du secteur minier national » et d’insuffler une dose d’efficacité. Fidèle aux principes qui ont toujours guidé son action, il a entrepris de remettre de l’ordre dans un secteur stratégique longtemps fragilisé par la fraude, de donner un coup d’arrêt à l’exploitation clandestine et de remettre sur le tapis la question inhérente à la faible redistribution des richesses au bénéfice des populations locales. Une telle tournée a donc ses priorités, parmi lesquelles on trouve l’encadrement de l’exploitation artisanale, la relance de la Société minière de Kilo-Moto (Sokimo), le respect des textes réglementaires, la gouvernance environnementale ainsi que les retombées communautaires.

À Bunia, chef-lieu de l’Ituri, le ministre a échangé avec les autorités locales, à commencer par le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama. Mais sa mission d’itinérance prend une tournure décisive lorsqu’il se rend sur le territoire d’Aru puis dans la chefferie de Djalasiga, en territoire de Mahagi. Il y constate en effet que plusieurs sites aurifères font l’objet d’une exploitation illégale menée par des expatriés opérant sans titres miniers ni permis d’exploitation, utilisant des engins lourds en totale violation des lois du pays. Afin de préserver les intérêts des communautés locales, Louis Watum Kabamba ordonne alors la saisie des engins utilisés sur ces sites, la fermeture des exploitations concernées ainsi que la saisine de la justice pour établir les responsabilités et sanctionner les auteurs de ces pratiques illicites.

 « Cette descente musclée sur le terrain marque ainsi un tournant dans la politique minière du gouvernement. Elle traduit une volonté affirmée de reprendre le contrôle des ressources stratégiques de la République, de protéger les intérêts de l’État et de faire en sorte que l’or congolais profite enfin d’abord aux Congolais », insiste-t-on dans l’entourage du ministre des Mines. Il apparait clairement que l’heure de la rigueur a sonné dans ce secteur où l’impunité ne devrait plus être tolérée.

Autre province visitée : le Bas-Uélé. Il s’agit d’une première pour les autorités locales et la population du coin. Et pour cause : jamais auparavant un ministre national des Mines ne s’était rendu chez elles. L’Etat fait donc son retour. Dès son arrivée à Buta, chef-lieu du Bas-Uele, le ministre des Mines délivre un message clair : le gouvernement entend dorénavant  reprendre le contrôle et rapprocher l’administration minière des réalités locales. « Malgré un potentiel aurifère considérable, le Bas-Uélé reste confronté à des dérives persistantes : exploitation illicite de l’or, notamment dans les territoires de Poko et Ango, non-respect du Code minier, pollution des cours d’eau et marginalisation des communautés locales », tel est le constat fait sur place. D’où la confiscation des équipements utilisés dans l’exploitation illégale par les autorités provinciales et le rappel à l’ordre des sociétés mises en cause. Ces dernières sont désormais appelées à se conformer strictement à la législation, sous peine de sanctions sévères.

Le ministre a mis ensuite sur pied une commission mixte réunissant le gouvernement central et le gouvernement provincial à laquelle il a confié une triple mission, à savoir : assainir le secteur, restaurer l’autorité de l’État et garantir que la production minière extraite du sous-sol de ladite province profite réellement aux populations du coin. Avant de quitter Buta, Louis Watum Kabamba n’a pas manqué de se rendre avec sa délégation dans les installations de DRC Gold Trading, acteur clé dans la traçabilité et la commercialisation de l’or.

La province du Maniema a été la dernière étape stratégique par laquelle le ministre des Mines a bouclé jeudi 23 avril sa tournée dans l’est de la RDC. Comme partout où il est passé, Louis Watum Kabamba a su écouter ses interlocuteurs, évaluer et identifier les priorités de ce secteur clé pour l’économie nationale. Pourvu de ressources abondantes ( or, cassitérite, coltan et diamant ), le Maniema joue un rôle central dans la production minière du pays, avec près de 40 % de l’or artisanal national. Malgré ce potentiel considérable, plusieurs défis persistent, à savoir : l’encadrement de l’exploitation artisanale, la traçabilité des minerais et les retombées socio-économiques encore limitées pour les communautés locales. Le ministre s’est dit de son côté déterminé à apporter des réponses concrètes, le tout en s’inscrivant dans la vision du chef de l’Etat et sous la coordination de la cheffe du gouvernement.

Après avoir visité plusieurs sites et sociétés, le patron des Mines a inscrit sa tournée  dans une dynamique globale d’évaluation et de réforme du secteur minier congolais. Il s’agit notamment de renforcer l’encadrement de l’exploitation artisanale, d’accélérer la relance de la Sokimo, d’améliorer les retombées économiques pour les populations locales, mais aussi d’assurer le respect strict des normes réglementaires et de promouvoir une gestion durable de l’environnement. A en croire un membre de son cabinet, cette tournée du ministre marque aussi une étape importante dans la volonté des autorités congolaises de faire du secteur minier un véritable moteur de développement, mieux structuré, plus transparent et davantage bénéfique aux communautés.

La Rédaction