Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo : “Notre armée est montée en puissance et n’est plus capitularde”

Guerre à l’Est du pays avec l’accord de paix signé avec le Rwanda à Washington sous l’égide des Etats-Unis, accueil des migrants expulsés du pays de l’Oncle Sam, dialogue politique, bonne gouvernance, gestion urbaine de la capitale Kinshasa, échéance électorale en 2028, etc., le président congolais, Félix Tshisekedi a répondu aux questions de la presse nationale et internationale le 6 mai 2026.

C’est à un exercice de redevabilité que s’est livré le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo le 6 mai 2026, en répondant durant plus de deux heures aux questions des journalistes de la presse nationale et internationale accréditée dans le pays.

Comme il fallait s’y attendre, la question de la guerre qui sévit à l’Est de la RDC depuis près de 30 ans et les accords signés, le 4 décembre 2025, avec le Rwanda sous l’égide du président américain, Donald Trump, ont été évoqués dès le début de l’entretien. A certains Congolais qui estiment que cet accord ne protège pas les intérêts de leur pays, le Président s’est voulu rassurant. Les ressources naturelles du pays, exploitées illégalement par le voisin rwandais ont été préservées. Mieux, cet accord permet au gouvernement d’envisager la transformation de ses matières premières sur place pour créer des emplois en faveur de la jeunesse en lieu et place de l’extraction qui est pratiquée depuis des décennies. 

Sans fixer un horizon pour la fin de la guerre, le chef de l’Etat a indiqué que l’armée nationale est montée en puissance depuis son arrivée au pouvoir et ne recule plus face à l’ennemi. Avant, a-t-il révélé, l’armée congolaise était totalement désorganisée, infiltrée de l’intérieur, avec des militaires en état de clochardisation, sous équipés, “sans tenues, ni munitions pour faire la guerre”.

Tout en menant la guerre sur le terrain, le gouvernement a aussi actionné le levier diplomatique en acceptant le processus de Doha, sachant que la RDC est spoliée de toutes parts par ses voisins, à commencer par le “Rwanda qui vit sur le pillage des richesses du congolaises”. Le processus de Doha a permis un accord sur un cessez-le-feu et une prise en charge humanitaire des déplacés internes et des réfugiés. 

Il a confiance quant au succès de l’accord d’autant plus que les Etats-Unis en sont les artisans et que l’image et l’honneur du président Trump sont en jeu.

Félix Tshisekedi a aussi rassuré les Congolais sur l’accord signé avec les Etats-Unis pour l’accueil de migrants. “ Ce sont des individus dont la demande d’asile a été refusée et que nous acceptons amicalement d’accueillir, mais ce ne sont pas des “Bad boys” ou des prisonniers qui étaient en train de purger des peines de prison”, a-t-il déclaré.  Ces personnes, qui disposent d’un visa de séjour, sont d’ailleurs libres de quitter la RDC à tout moment sans que le gouvernement ait à débourser un centime pour les accompagner. “Il s’agit juste d’une gentillesse qui se fait entre deux partenaires et cela peut nous arriver aussi un jour”, a-t-il conclu sur le sujet.

Réélu fin 2023 pour un second et dernier mandat conformément à la Constitution, serait-il tenté de la modifier pour pouvoir se présenter en 2028 comme l’incitent ses partisans pour qui, “il est en mission ?”

Une question qui fait déjà des gorges chaudes en RDC et sur laquelle sa position est attendue. Se définissant comme un homme d’Etat, celui qui pense aux générations futures par opposition à l’homme politique qui pense aux prochaines élections, il estime qu’il n’est pas interdit de se pencher sur la Loi fondamentale et l’examiner pour voir si elle prend en compte les intérêts du pays sur le long terme. “La représentation que les Congolais m’ont confiée, c’est de regarder les générations à venir” a-t-il indiqué, ajoutant que son souci est de faciliter la tâche à son successeur en lui léguant un pays stable, en paix et sécurisé. 

Sans établir un lien direct entre l’examen de la Constitution et la candidature à un éventuel troisième mandat, il a toutefois été clair sur le sujet : “Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais si le peuple me le demande, j’accepterai car je veux que le pays retrouve sa stabilité”. Et dans cette hypothèse, c’est le peuple qui tranchera par référendum. 

D’ailleurs, l’échéance de 2028 ne peut être respectée tant que la RDC n’a pas retrouvé la paix. “Si on ne peut pas terminer cette guerre, on ne pourra pas organiser des élections en 2028, non pas que je refuse, mais on ne peut pas le faire sans le Nord et le Sud du pays qui en sont le théâtre”. Il affirme n’avoir aucune intention de s’accrocher au pouvoir, mais reste convaincu que “tant que cette guerre ne sera pas terminée, le combat va continuer.

A ceux qui demandent l’organisation d’un dialogue politique, le président Tshisekedi les renvoie à la situation d’instabilité que connait le pays et doute que “le dialogue puisse mettre fin à la guerre et que le Rwanda quitte la RDC”. Dialogue oui, mais conditionné par le retour de la paix à Goma, une partie du pays où les gens se sentent abandonnés.

Est-il prêt à rencontrer son prédécesseur Joseph Kabila avec qui  les relations ne sont plus au beau fixe ? demande un confrère. Pourquoi pas, répond du bout des lèvres le chef de l’Etat, regrettant que celui qui a été un acteur de la première alternance démocratique en soit devenu “le fossoyeur” et qu’il ne s’inscrive pas dans une dynamique de la paix dont le pays a besoin. 

Les journalistes ont aussi interrogé le président de la République sur les moyens de transports urbains, la gestion des déchets ménagers et du trafic routier à Kinshasa. Sur ces points, il a rappelé que la capitale a été gérée depuis des décennies sans véritable politique d’urbanisation alors que sa population est passée de 1 à 20 millions d’habitants entre 1960 et 2026. Désormais, un ministère de la ville a été spécialement créé pour s’occuper de ces questions, a indiqué le chef de l’Etat, invitant ses concitoyens à la patience, le temps que les mesures prises produisent des effets, sachant que 30% du budget est actuellement consacré à la guerre.  

Pour clore l’exercice de questions réponses, le numéro un congolais s’est voulu confiant, affirmant que la RDC est la 5ème économie du continent africain, devant l’Éthiopie, et que la victoire dans le combat pour la souveraineté pleine et entière appelle une mobilisation de tous les Congolais.

Il a invité les journalistes à jouer leur partition en tant que patriotes, en aidant le gouvernement par la production et la diffusion d’informations justes à l’attention de l’opinion nationale. S’il y a un homme qui a bu du petit lait en écoutant le numéro un congolais, c’est bien le commandant du Service national, le lieutenant- général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, qualifié « d’homme extraordinaire ». Son travail donne en effet une grande satisfaction à Félix Tshisekedi qui n’a pas manqué de louer son efficacité et le bon exemple qu’il donne à la jeunesse. J.V.