Joao Lourenço ne veut pas d’un Etat paria à l’est de la RDC

Les présidents Félix Tshisekedi (RDC) et Joao Lourenço (Angola)

Le président en exercice de l’Union africaine caresse le rêve de faire taire les armes sur le continent. Pendant son mandat, la paix et la sécurité sont ses priorités. Il préconise des solutions africaines aux problèmes africains.

Le président angolais, Joao Lourenco, a quitté, vendredi 14 mars Addis Abeba, bouclant ainsi un séjour de quarante-huit heures dans la capitale éthiopienne. Sur place, il s’est entretenu notamment avec le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed Ali, qui a offert jeudi soir un dîner en son honneur malgré un agenda intense. En sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, l’homme fort de Luanda a surtout participé à l’installation de la nouvelle Commission de l’institution panafricaine. Mahmoud Ali Youssouf et Selma Malika Haddadi, respectivement président et vice-présidente, tout comme quatre commissaires ont ainsi officiellement pris leurs fonctions. La nouvelle direction devient donc opérationnelle.

Lors de cette cérémonie, Joao Lourenço leur a réitéré les priorités de son mandat inauguré le mois dernier : la paix et la sécurité. Il a fort logiquement consacré des pans entiers de son allocution à ces deux sujets cruciaux. Il a tout naturellement abordé la question des conflits qui endeuillent le continent. Certains d’entre eux ont certes connu, d’après lui, des progrès encourageants alors qu’ils semblaient ne pas avoir de fin. Mais, d’autres, regrette-t-il, évoluent malheureusement dans une direction négative, inquiétante et répréhensible. Et de citer alors le cas du conflit en cours à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette fois, le président en exercice de l’UA n’a pas mâché ses mots. « Sur ce point, nous avons décidé de ne pas baisser les bras et d’insister sur la recherche de solutions pacifiques, en ne laissant pas se concrétiser le plan de balkanisation en cours, avec la création d’un Etat paria à l’est de la RDC, voire la tentative de renverser par des moyens militaires le pouvoir établi à Kinshasa », a-t-il déclaré. Cette sortie va en surprendre plus d’un. Et pour cause : jusqu’à présent, il n’a jamais exprimé publiquement le fond de sa pensée sur la crise qui sévit chez le voisin congolais. C’est désormais chose faite ! 

Endossera-t-il pour autant le rôle de médiateur entre les deux parties invitées le 18 mars à Luanda, lui qui a semblé s’en départir après avoir pris les rênes de l’organisation panafricaine ? Son nouveau rôle à l’échelle continentale lui confère une influence accrue qu’il veut certainement mettre à profiter pour éviter le pire dans sa sphère géographique. Joao Lourenço (re)prend par conséquent la main sur le conflit en RDC. Une délégation congolaise et une autre du M23, le mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, sont en effet attendues mardi prochain dans la capitale angolaise. Et ce, pour y entamer des pourparlers directs en vue de parvenir à un accord de paix visant à pacifier durablement les deux provinces du Kivu. Cette région de la RDC, riche en minerais stratégiques, échappe aujourd’hui au contrôle du pouvoir central.

Autre conflit abordé : celui du Soudan. Là encore, le chef de l’Etat angolais prône une solution africaine à un problème africain. Il promet de travailler étroitement, sur ce dossier, avec son homologue ougandais, Yoweri Museweni. Car, à l’en croire, ce dernier a accompli « un travail remarquable pour éliminer les facteurs externes nuisibles et engager les parties au conflit dans un dialogue constructif conduisant notamment à un cessez-le-feu », permettant alors la fourniture d’une aide alimentaire d’urgence aux populations touchées. Il milite pour une solution définitive au conflit soudanais sur la base de la réconciliation nationale et pour que soient prises des mesures qui garantiront la fin de la guerre et l’instauration d’une paix définitive.

Le successeur de José Edouardo dos Santos veut faire taire les armes sur le continent. Son objectif est que la double question de paix et de sécurité ne continue plus à dominer les agendas et les débats des chefs d’Etat et de gouvernement. Il met en garde les promoteurs des tensions et des conflits sur le continent. « … [Ces derniers] doivent être découragés, tenus pour responsables et pénalisés par de lourdes sanctions de l’organisation, qui entraîneront de graves conséquences pour eux », promet-il. Le président en exercice de l’UA aimerait que le Conseil de Paix et de sécurité joue un rôle fondamental dans l’action à mener pour prévenir et résoudre les conflits qui sévissent sur le continent.

Joao Lourenço juge enfin utile d’organiser, dans un pays africain, une grande conférence consacrée uniquement à l’analyse des conflits en Afrique. Celle-ci serait alors axée sur la paix en tant que bien obligatoire et indéniable pour tous les peuples du continent.

F.K.