Boni Yayi quitte la politique, laissant son parti orphelin et en déliquescence

A quelques semaines de l’élection présidentielle, prévue le 12 avril prochain, à laquelle il ne participera pas, le parti Les Démocrates, principale force d’opposition du pays, déjà minée par de multiples dissensions internes,est désormais au bord de l’implosion avec la démission de son fondateur et président Thomas Boni Yayi. Décryptage.

C’est un véritable coup de Trafalgar que vient de subir le parti Les Démocrates (LD). Le 3 mars, son président, l’ancien chef de l’Etat (2006-2016) Boni Yayi, dans un courrier adressé aux instances du parti, annonce se retirer de ses fonctions et cesse ses activités politiques au sein de la formation qu’il dirige depuis plusieurs années. Pour expliquer sa décision, le désormais ex-patron de LD, né en 1952, invoque des « raisons de santé » et indique  vouloir « pleinement consacrer cette nouvelle étape de sa vie au repos ». Un départ soudain qui a surpris les membres et sympathisants du parti, mais aussi une majorité de la classe politique béninoise. Pour ajouter un peu plus de piment à la situation, en même temps que le départ de Boni Yayi, son fils Chabi Yayi, a annoncé quitter également son poste de secrétaire aux relations extérieures de la formation.

Pour tenter de recoller les morceaux, une délégation des responsables du parti est diligentée, le 10 mars, auprès du démissionnaire pour le convaincre de revenir sur sa décision, évoquant la position de la coordination nationale du mouvement pour qui « son rôle au sein du parti justifie le rejet de sa démission ». Peine perdue : l’ex-président de la République est resté ferme sur sa position après plus de trois heures de discussions. Une situation qui ouvre la voie à la tenue d’un congrès extraordinaire pour lui trouver un successeur. En attendant, l’intérim est assuré par le premier vice-président du parti, Eric Houndété. Dans les rues de Cotonou, la capitale économique, passé l’étonnement, beaucoup ne cachent pas leur désenchantement vis-à-vis du parti à la Flamme de la liberté.

De l’espoir…

A sa création, en 2020, le parti Les Démocrates incarnait la principale force d’opposition à la politique du nouvel homme fort du pays élu en 2016, Patrice Talon.Ce dernier a mis sur pied des textes réglementaires et administratifs (réforme de la charte des partis politiques, nouveau code électoral, entre autres), qui ont mis un grand nombre de partis en dehors du jeu politique démocratique. Contre vents et marrées, le nouveau parti, dont l’ancien chef de l’Etat a pris la tête— pour lui donner plus de visibilité —, parvient à décrocher 28 sièges (contre 81 pour la mouvance présidentielle) à l’Assemblée nationale aux législatives de 2023, et devient la principale formation d’opposition du pays. Face à l’omnipotence du président Talon, elle suscite beaucoup d’espoirs d’alternative. Mais la dynamique n’a pas pris.

… à la dérive

Tensions internes, luttes entre partisans d’une opposition institutionnelle et celle plus radicale et centralisée, ambitions personnelles et contraintes liées au cadre électoral ont fini par créer un climat délétère au sein du parti. En 2025, six députés du groupe parlementaire du parti claquent la porte pour siéger comme députés non-inscrits, suivis par plusieurs cadres de la formation.Au début de cette année Les Démocrates sont exclus des élections communales du 11 janvier pour insuffisance de dossiers de candidatures.Dans le même temps ils perdent leur représentation à l’Assemblée nationale lors des législatives couplées aux communales, n’ayant n’a pas réussi à atteindre le seuil de 20 % des voix dans chacune des 24 circonscriptions, condition indispensable pour entrer au Parlement selon le code électoral. Le principal parti d’opposition ne participera pas non plus à la présidentielle du 12 avril prochain, faute d’un nombre de parrainages suffisant.

Avec sa démission, Boni Yayi laisse Les Démocrates, dont il est par ailleurs le principal argentier, en champ de ruines. Le parti lui survivra-t-il ? Pour beaucoup de Béninois, c’est une nouvelle page dans la vie politique du pays qui s’ouvre. Pour certains, le chef de l’Etat, Patrice Talon, qui doit céder sa place en avril prochain après ses deux mandats constitutionnels, a « atteint son but : instaurer un régime de parti unique qui ne dit pas son nom ». Dans tous les cas, dans un communiqué publié le 6 mars, au lendemain de la démission du leader de LD, le porte-parole du gouvernement a déclaré que l’exécutif « compatit »avec les responsables et militants de cette formation politique. Affirmant, « nous n’avons pas souhaité cela pour eux, mais nous compatissons, nous comprenons », il n’a pas, néanmoins, manqué de leur faire un appel du pied : « Autour du chantier de la construction du Bénin, nul ne sera de trop et toutes les forces de tous les citoyens sont attendues. »

La Rédaction