Exposition / Sammy Baloji : plongée visuelle dans l’histoire du Katanga

A Arles, dans le cadre des Rencontres de la Photographie, l’artiste congolais Sammy Baloji nous emmène sur les traces de sa région natale, le Katanga.

L'artiste congolais, Sammy Baloji, explique une de ses oeuvres. © Anne Lauris

Sammy Baloji, artiste pluridisciplinaire, reconnu par les plus grandes institutions, passe de la photo à la sculpture, de l’installation à la vidéo… Les médiums sont multiples, mais sa quête se concentre sur la mémoire et l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC). Dans l’Eglise de la Trinité à Arles, à l’occasion des Rencontres de la Photographie, l’exposition « Paysage prisme : une traversée katangaise » explore les tensions entre société traditionnelle et « modernité » coloniale, questionne la façon dont les systèmes de classification hérités du colonialisme continuent d’imprégner les représentations actuelles.

Depuis 2017, il mène ce projet avec l’anthropologue belge Filip De Boeck, sur les traces de la sécession katangaise au début des années 1960 et des deux guerres du Shaba (1977 et 1978), avec en arrière-plan son histoire familiale et les recherches menées par l’anthropologue entre le Congo et l’Angola. Première photo de l’exposition : l’Hôtel Impala à Kolwezi. Il appartenait au grand-oncle de l’artiste. Réquisitionné à deux reprises durant les conflits qui ont secoué le Katanga, ce lieu familial devient le point de départ d’un récit plus large. « Cette traversée, passe à la fois, par l’histoire katangaise, par mon histoire personnelle et familiale. Ce lieu, l’hôtel Impala a servi à la fois de QG à l’armée nationale mais a aussi été lieu de massacre pendant la guerre de 1978, et qui est par ailleurs l’année où je suis né », précise Sammy Baloji.

Le parcours se décline sous forme de paysages, de portraits, d’interviews mais aussi d’archives visuelles. Sammy Baloji explique qu’il s’appuie sur « une réflexion autour du paysage comme fabrication de l’activité humaine. Au Katanga, le paysage est transformé par l’industrie minière, comme par exemple, lors de la Seconde Guerre mondiale l’uranium extrait à Shinkolobwe a été utilisé pour la bombe atomique. Toutes ces ressources naturelles ont mené à de grands conflits. »

© Anne Lauris

 

Entre paysage et portrait

Avec Filip De Boeck, ils questionnent la notion de frontières, comme ces paysages de termitières, en perpétuelle construction, qui balisent le territoire.

« J’aborde le paysage, où les portraits, de manière à ce que l’avant-plan et l’arrière-plan se mêlent. Je travaille sur la profondeur de champ qui permet de donner des détails dans l’image et une lecture plurielle, commente l’artiste. Dans un portrait, ce n’est pas seulement le personnage que je photographie, c’est aussi son environnement.» Tous les détails esquissent une histoire, une identité, un contexte autour du personnage où le passé colonial, les micro-histoires familiales et les réalités politiques se percutent.

Points de vue

Paysages, portraits, archives, dont celles du magazine Paris-Match, avec en Une « Horreur sur Kolwezi », ou les photographies prises par des rebelles Simba qui se mettent en scène, dessinent une histoire katangaise aux multiples résonances. Sammy Bajoli interroge le statut des images, leur usage, confronte les points de vue et propose une alternative aux récits dominants sur l’histoire du Congo et de ses frontières héritées de la colonisation. « Chaque élément présente sa propre vérité, créant une polyphonie de vérités qui permet, aussi au visiteur, de se faire une idée, sur ces frontières et ces guerres », analyste-t-il.

Cette exposition d’une grande richesse donne des clefs de lecture d’une l’histoire complexe, celle d’un pays immense, considéré comme un scandale géologique au regard sa richesse minière, convoité de toutes parts, et toujours secoué par des conflits.

 

Anne Lauris

 

Exposition : » Paysage prisme : une traversée katangaise, du 6 juillet 2026 au 30 août 2026, Arles.

Des oeuvres de Sammy Baloji sont aussi exposées à la Biennale de Venise jusqu’au 22 novembre 2026.