La santé menstruelle en question : sensibilisation et mobilisation pour agir

« Briser les barrières de la précarité menstruelle. Solutions durables pour l’éducation, la dignité, l’émancipation et l’autonomisation des femmes », tel est le thème d’une table ronde organisée le 28 mai 2026 à Kinshasa par la Fondation Ultime Espoir. Cet évènement a coïncidé avec la Journée internationale d’action pour la santé des femmes et la Journée internationale de l’hygiène menstruelle.

Cette table ronde initiée par l’ASBL Fondation Ultime Espoir de Solange Kabengele Mikoso a réuni des participants de haute facture de la classe politique (parlementaires) et de la société civile et (corps médical, mouvements associatifs, monde des affaires et médias) sans oublier des organisations onusiennes comme l’UNFPA. Le menu comportait deux panels. Le premier a tablé sur « comprendre la précarité menstruelle : enjeux, réalités et impacts sur l’éducation et la dignité ». Le second s’est penché sur les « solutions durables et innovations pour une gestion durable de l’hygiène menstruelle ».

La précarité menstruelle, ce calvaire silencieux de nombreuses congolaises

Les règles, qui sont une réalité biologique normale de toutes les femmes, leur engendrent pour un bon nombre d’entre elles une série de problèmes en raison de la pauvreté constatée en RDC. On parle ainsi de « précarité menstruelle ». Une des intervenantes du premier panel, la gynécologue, docteur Ana Bila, a défini la précarité menstruelle comme la difficulté (pour les femmes et les jeunes filles) d’accéder aux produits, à l’eau, aux installations sanitaires et à l’information sur l’hygiène menstruelle. La fondatrice et présidente de la Fondation Ultime Espoir, Solange Kabengele a, dans son allocution d’ouverture, expliqué ce calvaire méconnu et oublié : « … La menstruation est une réalité biologique universelle qui accompagne près de trente années de vie d’une femme pourtant dans notre société, elle demeure entourée de silence, de précarité et parfois même de honte. Nous allons donc nous pencher sur un sujet rarement nommé en public parce que considéré comme tabou dans beaucoup de nos communautés. La précarité mensuelle a brisé la dignité, l’éducation de nos jeunes filles et femmes … ».  Dr Ana Bila a ainsi informé l’assistance avec des statistiques inquiétantes : 32% des femmes à Walikale dans le Nord-Kivu n’ont aucun accès à des produits menstruels ; un tiers des filles en Afrique subsaharienne manquent l’école pendant leurs règles ; des millions de femmes et jeunes filles déplacées internes à l’est de la RDC (Nord-Kivu, Ituri) vivent sans infrastructures adaptées à leurs conditions « menstruelles ». Elle a schématisé un cercle vicieux à briser à tout prix : honte-isolement-infections-déscolarisation-pauvreté.

Les conséquences de la précarité menstruelle

Quant aux conséquences, si on ne prend que celles sur le plan gynécologique, on note des risques d’infections vaginales et urinaires, de maladies inflammatoires pelviennes, d’infertilité futures et de pathologies comme les fibromes utérins et l’endométriose. On ne peut omettre les conséquences sur la santé mentale des femmes et jeunes filles ainsi que le fardeau psychologique qu’elles doivent porter en silence : la honte et la stigmatisation, l’isolement social et l’anxiété chronique.

La présidente de la Fondation Ultime Espoir, Solange Kabengele, prononçant son mot de bienvenue aux participants de la table ronde organisée jeudi 28 mai à Kinshasa

Les solutions pour vaincre la précarité menstruelle

Face à ce grave problème de santé publique qui concerne directement plus d’un tiers de la population congolaise (plus de 40 millions de femmes et de jeunes à l’âge menstruel), il faut agir vite comme l’a relevé Dr Ana Bila dans son intervention : « … La précarité menstruelle en RDC n’est pas une “affaire de femmes’’. C’est un problème structurel qui exige une réponse humanitaire et politique à la hauteur de son ampleur… ». Les participants ont proposé des solutions nationales et locales. Sur le plan national, « ces solutions doivent être massifiées et intégrées dans toutes les politiques humanitaires et nationales », a rappelé Dr Ana Bila. Solution nationale encore car, à l’ère de l’instauration de la couverture santé universelle en RDC, la santé menstruelle doit être inscrite dans les priorités de gratuité de la CSU comme les consultations prénatales et les accouchements grâce à une ligne budgétaire. C’est l’essentiel du plaidoyer, durant cette table ronde d’Iris Nzolantima, pionnière de l’ONG “Parlons menstrues”. En concret, elle a rappelé son plaidoyer pour que le plan de développement des 145 territoires intègre la santé menstruelle dans son exécution pour la construction d’infrastructures adaptées pour la gent féminine. Solution locale car elle doit rencontrer les besoins et les attentes des femmes et jeunes filles dans leurs milieux quotidiens. Dr Ana Bila a résumé ses solutions en quatre points essentiels : distribution gratuite des produits, éducation à l’hygiène, infrastructures sanitaires et levée des tabous. Le rideau est tombé sur cette première édition par une levée de fonds avec des dons généreux et les remerciements de Solange Kabengele qui a promis de porter la question en haut lieu grâce à l’appui des députés et sénateurs engagés dans cette cause.

Jean-Louis Miasuekama