Le gouvernement entend renforcer la production agricole nationale en agissant sur les semences, les engrais, la mécanisation, les rendements et les infrastructures de conservation et de commercialisation. Telle est la stratégie déroulée mardi 20 octobre par le ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, devant le CES. Elle vise à réduire les importations et à atteindre l’autosuffisance alimentaire pour plusieurs cultures vivrières d’ici à fin 2028. Cette politique ambitionne de faire de l’agriculture un moteur de croissance et un instrument de souveraineté économique, conformément au principe de « la revanche du sol sur le sous-sol ».
Malgré plus de 80 millions d’hectares de terres arables, d’importantes ressources en eau et des conditions climatiques favorables, la RDC reste tributaire des importations alimentaires. Pour inverser la tendance, le gouvernement a défini cinq axes prioritaires.
Le premier volet s’intéresse à la disponibilité des semences de qualité. Le ministère prévoit de renforcer les capacités des Centres d’amélioration, d’adaptation et de production des semences agricoles (CAAPSA), avec des partenariats annoncés avec des experts kényans et l’entreprise danoise CIMBRIA pour moderniser les installations de traitement et de contrôle. Le 2ème concerne l’accès aux engrais et aux autres intrants. Trois unités de mélange d’engrais minéraux sont prévues à Boma, Lubumbashi et Lubero. Pour la campagne agricole 2026-2027, le ministère annonce l’acquisition de 15 000 tonnes d’engrais.

La mécanisation constitue le 3ème axe. Deux unités de montage de tracteurs ont été implantées à Kimpese et dans la zone économique spéciale de Musienene. Selon le ministère, 384 tracteurs ont déjà été distribués dans les provinces afin de renforcer les brigades de mécanisation et de faciliter l’accès des agriculteurs aux équipements. Le 4ème axe vise l’amélioration des rendements et l’encadrement des producteurs. Le gouvernement ambitionne d’atteindre l’autosuffisance alimentaire pour le maïs, le riz, le manioc et le haricot d’ici à la fin de 2028. Dans les filières d’exportation, il veut également hisser la RDC parmi les cinq premiers producteurs mondiaux de café et de cacao. Pour soutenir ces objectifs, le programme prévoit de mobiliser les grandes exploitations, d’identifier les petits producteurs grâce au Registre national des agriculteurs et de développer sept grands sites d’irrigation, notamment sur le plateau des Batéké, dans la vallée de la Lufira et dans les plaines de Beni et de Rutshuru.
Le dernier axe porte sur la conservation, la transformation et la commercialisation des récoltes. En collaboration avec la Réserve stratégique générale, le ministère prévoit de déployer des silos à céréales, des entrepôts et des plateformes logistiques afin de réduire les pertes après récolte, de faciliter l’acheminement des produits et de contribuer à la stabilisation des prix. La stratégie prévoit également des réformes concernant le financement, l’organisation administrative, la fiscalité et l’accès au foncier. Le ministère envisage notamment la création du Fonds national de développement de l’agriculture (FONADA) et un projet de banque agricole du cacao. Le gouvernement propose aussi une amnistie fiscale de dix ans et une détaxation du carburant destiné aux activités agricoles. La réforme foncière prévoit enfin la révision du cadre légal du secteur et la centralisation du cadastre agricole.
Ben Dibanzilua



