RDC : le sommet de la haute justice militaire décimé

Deux hauts cadres des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le lieutenant-général Mutombo Katalayi Tiende Joseph, premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Likulia Bakumi Lucien-René, auditeur général des FARDC, ont péri dans un crash aérien survenu vendredi 25 septembre 2026 à Kenge, chef-lieu de la province du Kwango.

Selon un communiqué des FARDC, rendu public le même jour, les deux officiers généraux revenaient d’une mission de service effectuée à Kikwit, dans la province du Kwilu, lorsque l’appareil à bord duquel ils se trouvaient s’est écrasé à Kenge dans la province du Kwango (ouest de la RDC), à plus de 260 km de la capitale Kinshasa. D’après les premières informations communiquées par les autorités provinciales, l’aéronef effectuait le trajet Kikwit-Kinshasa lorsqu’il aurait rencontré des difficultés en vol. Les occupants auraient alors tenté en vain de trouver une zone permettant un atterrissage d’urgence. L’appareil a finalement terminé sa course dans une parcelle située à Kenge, provoquant un important incendie. Outre les deux officiers généraux, plusieurs membres de la délégation, ainsi que les membres de l’équipage ont également péri dans l’accident. Leurs corps, calcinés ou partiellement reconnaissables, ont été exhibés sans vergogne sur les réseaux sociaux. Une anomalie. Pourquoi n’a-t-on pas mis rapidement un périmètre de sécurité  pour éloigner les curieux, prêts à tout pour faire le buzz sur internet ? De son côté, le vice-gouverneur du Kwango, Rémy Saki Mupinda, avait indiqué qu’aucune victime parmi les habitants de la parcelle où l’appareil s’est écrasé n’avait été signalée dans les premières informations disponibles.

Les opérations de récupération et d’identification des victimes se sont poursuivies après le crash. Le manifeste de vol avait notamment permis de confirmer la présence à bord du lieutenant-général Likulia Bakumi Lucien-René, qui voyageait avec plusieurs militaires et des civils. Nommé en mars 2021 à la tête de l’Auditorat général des FARDC près la Haute Cour militaire, ce haut-gradé occupait une fonction importante au sein de la justice militaire congolaise. Il intervenait notamment dans les procédures et audiences relevant de la Haute Cour militaire visant plusieurs officiers de haut-rang. Il a aussi participé à la condamnation à mort par contumace pour « trahison » de l’ex-président, Joseph Kabila. Quel destin tragique pour le procureur général de l’armée ? En effet, il décède presque trois mois seulement après avoir enterré son oncle, le général Norbert Likulia Bolongo, dernier Premier ministre du maréchal Mobutu. Mort en juin dernier, à l’âge de 86 ans, il avait également occupé le poste de procureur général militaire de la République du Zaïre (ancien nom de la RDC). Tous deux, oncle et neveu, auront donc tenu les rênes de l’auditorat militaire.

Pour certains observateurs, ce crash aérien fait toutefois remonter à la surface un souvenir douloureux pour la justice militaire. Le 2 septembre 1975, un hélicoptère de la Force aérienne du Zaïre (Faza) s’est écrasé à Wombo, dans la province du Kongo-Central (Bas-Zaïre à l’époque), située à l’ouest de Kinshasa. L’appareil transportait surtout le général Léopold Masiala Kinkela Kulu Kangala. Ce dernier périt dans cet accident. Certains avaient alors parlé d’un sabotage. Et pour cause, à la tête d’un important conseil de guerre, ce galonné venait de faire condamner, un mois plus tôt, des officiers accusés de fomenter un coup d’État contre le régime autoritaire du maréchal Mobutu. À 51 ans d’écart, d’autres observateurs n’hésitent pas à faire un parallèle entre les deux accidents.

Le bilan de l’accident a évolué au fil des heures. Dans un premier temps, la « Grande-Muette » avait fait état de 13 décès. Quelques heures plus tard, le président du conseil d’administration de la Régie des voies aériennes (RVA) Typhon Kin-Key Mulumba, joint par notre rédaction, a évoqué un bilan alourdi. Aucun survivant sur les 16 personnes à bord, dont quatre membres d’équipage. Un 17ème corps a été retrouvé, celui d’un bébé.  Par ailleurs, selon les dernières informations disponibles, le vol n’aurait pas été coordonné par l’aéroport de Kikwit. En langage aéronautique clair, cela laisse à penser qu’il n’y a pas eu de transfert de contrôle ou de coordination radio réglementaire entre le secteur de Kikwit (FZCA) et les autres services de la RVA pour suivre la trajectoire de l’appareil à son retour. Ce qui pouvait alors créer un défaut de suivi aéronautique au moment où l’appareil, un Let L-410 immatriculé 9SGUC, a connu une défaillance. Cette information, tout comme les circonstances exactes de l’accident, devra toutefois être établie par les investigations annoncées par les autorités compétentes pour déterminer les circonstances et les causes exactes du crash. En attendant, les FARDC, dans leur communiqué, ont salué la mémoire des deux officiers généraux, présentés comme des serviteurs de l’État ayant consacré leur carrière au service de la République avec « honneur, dévouement et détermination ».

Reste que ce crash de Kenge rappelle étrangement un autre survenu deux mois plus tôt du même type d’appareil (Let L-410) et exploité par la même compagnie aérienne, Tracep Congo Aviation. Là-aussi, cet aéronef, utilisé pour un vol cargo transportant deux tonnes de marchandises, venait de décoller de l’aéroport de Beni-Mavivi, dans l’est de la RDC. Une heure plus tard, l’équipage constate une perte de puissance sur l’un des deux moteurs. Il tente alors de se dérouter sur Walikale. Mais l’avion n’y arrivera jamais. Il finit par s’écraser près du village de Buruko, à proximité de Pinga, dans le territoire de Walikale. Sur les trois personnes à bord, seul le copilote a trouvé la mort. À deux mois d’intervalle, on peut alors parler d’une série noire pour cette compagnie, Tracep Congo Aviation. On va surtout s’interroger sur l’état réel de la flotte de Tracep Congo Aviation et la qualité de la maintenance de ses avions. S’il y a encore ce type d’avions en RDC, tous devraient être cloués au sol dès à présent pour en vérifier l’état réel, surtout au niveau des moteurs, ce qui semble être le point névralgique de ce bi-turbopropulseur fabriqué par l’entreprise tchèque Let Kunovice.

 Ben Dibanzilua, avec la rédaction.