Tshisekedi chez Poutine : Kinshasa veut renforcer ses liens avec Moscou

Au lendemain du sommet Russie-Afrique, le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a été reçu vendredi 30 octobre au Kremlin par son homologue russe, Vladimir Poutine. Cette rencontre marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Kinshasa et Moscou, avec la signature de trois accords et plusieurs perspectives de coopération dans des secteurs stratégiques.

À l’occasion de cette rencontre, Vladimir Poutine n’a pas caché l’intérêt que représente la RDC pour son pays. Il a notamment présenté le Congo comme « l’un des partenaires les plus prometteurs en Afrique », soulignant les importantes possibilités de développement du commerce et des investissements entre les deux États. Cet intérêt russe se manifeste déjà sur le terrain. À Kinshasa, Yango, la filiale du groupe russe Yandex, s’est progressivement imposée dans le paysage des services de commande de véhicules avec chauffeur. Sa présence témoigne de l’intérêt grandissant des entreprises russes pour le marché #congolais.
Pour Félix Tshisekedi, ce rapprochement s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des partenariats internationaux. Le chef de l’État affirme vouloir entretenir des relations avec différents partenaires sans dépendre d’un seul bloc ni s’aligner systématiquement sur une puissance étrangère. Dans cette perspective, la Russie apparaît comme un partenaire avec lequel la RDC pourrait développer des relations plus étroites. Kinshasa espère notamment bénéficier de son influence pour contribuer aux efforts de rétablissement de la paix dans l’est du pays. Les discussions pourraient également s’étendre à plusieurs domaines prioritaires, notamment la sécurité, l’agriculture, l’énergie, l’innovation, l’éducation et le numérique.
Plusieurs entreprises russes manifestent déjà leur intérêt pour les opportunités qu’offre le marché congolais. Parmi elles figurent Alrosa, leader mondial de l’extraction de diamants, Rosatom, spécialisé dans le nucléaire civil, et Rosoboronexport, l’entreprise publique russe chargée de l’exportation d’armements. D’autres groupes sont également présents ou cherchent à renforcer leur implantation, à l’image de Yandex et du constructeur automobile Kamaz.
Cette volonté de renforcer la coopération bilatérale s’est concrétisée par la signature de trois accords. Le premier prévoit la mise en place d’une commission intergouvernementale chargée de coordonner les relations entre les deux pays. Les deux autres concernent les secteurs de l’éducation et de la santé. Dans le domaine universitaire, la coopération prend notamment forme à travers l’augmentation des bourses accordées aux étudiants congolais souhaitant poursuivre leurs études en Russie.
Derrière cette dynamique diplomatique, le travail de l’ambassadeur de la RDC à Moscou, Ivan Vangu, semble avoir joué un rôle important. Professeur à l’université de Kinshasa, il s’est particulièrement investi dans le renforcement des relations entre les deux pays. Parmi les initiatives qui portent sa marque figure notamment la réhabilitation de la mémoire de Patrice Emery Lumumba à l’université russe de l’amitié des peuples (RUDN), où son nom a retrouvé sa place. C’est d’ailleurs dans cette université, qui a accueilli ladite cérémonie, que Félix Tshisekedi a reçu, vendredi 30 octobre, le titre de docteur honoris causa.
Au-delà des accords signés et des déclarations officielles, cette visite traduit donc la volonté de Kinshasa de diversifier ses alliances et d’explorer de nouvelles possibilités de coopération. Reste désormais à voir dans quelle mesure ce rapprochement avec Moscou se traduira par des réalisations concrètes au bénéfice de la RDC.
F. K.