Minerais critiques : Kinshasa pose ses exigences aux investisseurs américains

À Paris, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a rappelé aux partenaires américains les conditions de Kinshasa : respecter la législation congolaise, associer davantage les nationaux aux investissements et transformer une partie des minerais sur place. L'ouverture aux capitaux étrangers ne signifie pas un renoncement aux intérêts du pays.

Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, s'est attardé sur le contenu local.

Neuf mois après une première séance à Washington, le Comité conjoint de pilotage de l’accord de partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis s’est retrouvé jeudi 5 novembre autour de la table à Paris. Aux côtés du vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Pr Daniel Mukoko Samba, qui coprésidait pour la partie congolaise, plusieurs membres du gouvernement avaient fait le déplacement. Étaient notamment présents : la cheffe de la diplomatie Thérère Kayikwamba-Wagner, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, le ministre des Finances, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi, la ministre du Portefeuille, Julie Shiku, etc. Au menu : évaluer les avancées du partenariat, notamment sur le corridor de Lobito, le projet Grand Inga et les investissements dans les minerais critiques.

Sur ce dernier volet, particulièrement sensible pour les ambitions économiques de la RDC, Louis Watum Kabamba était attendu au tournant. Il a d’abord rappelé que les entreprises américaines ne découvrent pas le sous-sol congolais : certaines y sont déjà présentes. D’autres pourraient les rejoindre, à mesure que les projets stratégiques avancent. Mais Kinshasa entend garder la maîtrise des conditions d’accès à ses ressources. Le ministre des Mines a été clair : les investisseurs sont les bienvenus, à condition de respecter la législation nationale, de tenir compte des capacités réelles de production et de préserver les intérêts de l’État.

Une vue de la délégation congolaise à Paris

Un autre sujet a occupé une place importante dans son intervention : le contenu local. Derrière cette notion, une question très concrète pour les Congolais : quelle part de la richesse produite par les mines leur revient réellement ? Louis Watum Kabamba a rappelé les dispositions du code minier. Dans les sociétés minières, 5 % du capital sont réservés aux travailleurs. Pour les entités de traitement, la proportion est bien plus élevée : 50 % du capital doit revenir aux opérateurs économiques congolais. Une distinction importante pour les investisseurs, mais aussi pour un pays qui cherche à mieux associer ses ressortissants à l’exploitation et à la valorisation de ses ressources.

Car, pour Kinshasa, l’enjeu ne se résume pas à attirer des capitaux. Encore faut-il que les retombées se ressentent dans l’économie nationale. Le gouvernement veut voir les projets miniers créer des emplois, faire travailler davantage de Congolais et favoriser la transformation des minerais sur place. Il ne s’agit plus seulement d’extraire et d’exporter, mais de capter une part plus importante de la valeur ajoutée dans le pays.

Les Congolais posent avec les Américains.

Le sort de l’exploitation artisanale n’a pas été oublié. Louis Watum Kabamba a sollicité un soutien financier et technique pour accompagner les acteurs de cette filière. Il a également insisté sur le transfert de compétences, indispensable pour permettre aux Congolais de prendre une place plus importante dans les différentes étapes de la chaîne minière.

Dans la capitale française, les deux parties ont affiché leur volonté de faire avancer les projets inscrits dans leur partenariat. Mais entre les engagements diplomatiques et leur traduction sur le terrain, il reste du chemin. Pour la RDC, le véritable test sera de savoir si les investissements annoncés se traduiront par des activités concrètes, des emplois et des revenus supplémentaires pour le pays. Kinshasa ouvre certes ses portes aux investisseurs américains. Mais il entend éviter que ses minerais ne changent de destination sans que son économie en tire un bénéfice réel. C’est toute la portée des exigences rappelées par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba.

 

La Rédaction